Aujourd’hui, je déménage vers mon nouveau chez moi. Je ramasse mes effets personnels et fais mes adieux à Ice, mon précieux guide durant mes deux premières semaines. Sans trop de difficultés, je transite dans la ville pendant environ une heure avant d’atterrir à mon nouvel appartement. Je fais la brève connaissance de l'ancienne locataire, une Américaine américaine, qui me remet les trois clefs de ma chambre. J’établis mon nouveau désordre, puis explore les plus petits recoins de ma chambre dans le but de découvrir une cachette contenant un vieux trésor oublié depuis plus de cent ans. N’ayant rien trouvé de tel, j’élargis mon investigation au reste de l’appartement. Celui-ci est très joli, grand (sauf la cuisine), propre, contient laveuse, sécheuse, TV, câble, internet sans fil, air climatisé, et en prime, j'ai ma propre salle de bain. Toutefois, cette dernière est très petite et la douche n'est pas dans une compartimentation séparée du reste de la salle de bain. Ainsi, lorsque je prends ma douche, l’eau coule jusqu’au au milieu de la salle de bain avant d’atteindre le drain, mouillant tout le plancher. C’était un peu désagréable au début, mais je m’y suis rapidement habitué. Mis à part la vue hideuse donnant sur des buildings en construction et le bruit des drills durant le jour, pour 300$can/mois, mon appartement me satisfait entièrement.Mon lit encastré
Le salon
La cuisine
Ma salle de bain
Ensuite, je pars travailler de 16h à 20h et quoiqu’un peu fatigué, tout se passe bien. Je rentre peinard à mon chez moi, espérant passer le restant de ma journée à m’accoutumer de mon nouvel environnement. Toutefois, mes plans sont contrecarrés par un appel de ma boss. Mauvaise nouvelle, ma demande de permis de travail est refusée pour 2 raisons. Premièrement, mon certificat de santé n’a pas encore été fourni, ce qui est normal compte tenu que j’allais le recevoir seulement le lendemain. Deuxièmement, l’agence gouvernementale responsable de la délivrance des permis ne peut accepter mon diplôme de baccalauréat, puisque celui-ci n’est pas l'original. En effet, ayant perdu le diplôme original, j’ai dû en faire réimprimé un nouveau (à 45$), identique au premier, mis à part un sceau indiquant « copie conforme ». Étrangement, ce même sceau, qui normalement assure l’authenticité du diplôme, se retrouve à être la raison même de l’invalidité de celui-ci... De plus, n’ayant pas encore reçu mon diplôme de maîtrise, le gouvernement n'a pas de preuve officielle de mon statut de bachelier, grade pré-requis pour l’obtention de mon permis de travail. Ma boss me lègue le nom et le numéro de téléphone de la personne en charge de mon dossier, que je devrai contacter le lendemain. Avant de raccrocher, elle m’annonce que si tout se passe normalement, je devrai probablement retourner au Canada, attendre quelques mois afin d’obtenir mon diplôme de maîtrise, pour ensuite pouvoir revenir à Taïwan. Ah juste ça?! Merde! Merde! Merde! Je vais au mcdo pour avoir accès à internet afin de rechercher les options qui s’offrent à moi, mais ces dernières s’avèrent assez limitées. Pour me calmer, je me prends bêtement un café et essaie de lire mon roman en anglais, mais ma concentration est étrangement déportée ailleurs. Finalement, je rentre faire mon lavage, question de sentir bon pour ma grosse journée de demain. Erratum, plutôt pour le restant de ma journée, puisque malheureusement, je n’ai pu que fermer les yeux de la nuit, le sommeil pour une de ses rares fois m’ayant abandonné. Mon niveau de stress élevé, le dépaysement et l’absence de matelas, d’oreiller et de literie ont très probablement contribué à troubler mon repos.
Le lendemain, méga journée. 6h30am, je me lève, me lave, me mets beau et me dirige vers l'hôpital. Je déjeune en chemin et prépare mon speech pour la madame du gouvernement. 8h45, je reçois mon certificat de santé, qui me confirme que je suis sain : pas de cancer des poumons, pas de virus ou autres maladies. Un papier de plus en main, un stress en moins en tête. À 9h00, j’appelle la madame, qui est absente pour l’avant-midi. Je dois donc passer le restant de la matinée à censurer mon imagination débordant de scénarios désastreux. L’après-midi arrive, je rappelle au gouvernement et discute avec la personne en charge de mon dossier. J’essaie de la convaincre de l’authenticité de mon diplôme, mais en vain. Je lui sollicite alors un entretien en personne. Je la rencontre à son bureau et, usant de toute ma diplomatie et de mon charisme, lui fais le plaidoyer de ma situation. Finalement, décelant la sincérité à travers mon regard piteux et l’éventail de mes papiers, dont mon relevé de notes que j’ai par chance apporté sans trop savoir pourquoi, elle accepte de me délivrer mon permis. Ouf!!! Sauvé! Extatique, je gambade jusqu’au métro afin de me précipiter à l’école, où je dois donner un cours à 17h. Étant un peu serré dans le temps, je cours pour ne pas être en retard. Quel timing, j’arrive à l’heure! Tout en reprenant mon souffle, j’apprends que mon étudiante a finalement annulé sa séance pour ce soir. Frustré d’avoir couru pour rien, mais heureux d’avoir du temps pour aller acheter mon matériel de couchage, je me dirige au marché à Shilin. Je m’achète un sandwich aux œufs en chemin, dignement mérité. Au marché, je réussis à négocier un oreiller, une couverture, un semi-matelas et une literie complète pour un total de 1950NT (soit environ 60$CAN). La qualité et l’esthétique laissent à désirer, mais pour le prix, c’est très acceptable. Le problème par contre, c’est que j’ai grandement sous-estimé le poids de mon chargement, de même que l’achalandage du marché. En prime, une nausée et un mal de crâne profitent du moment pour faire une visite improvisée à ma petite tête déjà très éreintée. Comme dans une machine à boules, je dévale les ruelles, mais réussis néanmoins à limiter le nombre d’accrochages lors de la descente. Marche, métro, autobus, complètement exténué, j’arrive à destination. J’utilise mes dernières forces pour faire mon lit, me laver et vomir mon sandwich aux œufs. Fatigue? Stress? Indigestion? J’m’en fou un peu. Avant de plonger dans mon profond sommeil, je retrouve le sourire en laissant une citation proverbiale d’un Tricotin s’immiscer dans ma tête : « Une chance que j’m’ai !»
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