Troisième typhon depuis mon arrivée, mais le seul qui vaille vraiment la peine d’être mentionné. Il pleut dru depuis 2 jours, mais rien d’inquiétant, puisque les vents sont faibles et le système de drainage très efficace. Au contraire, voilà l’occasion parfaite pour m’installer devant mon portable et produire ces quelques lignes.
Comment s'improviser professeur d'anglais à Taiwan?
« Hi Teacher Kevin! », s’exclame un p’tit bonhomme arborant son plus beau sourire édenté.
Euh … professeur … moi? Ah oui, c’est vrai! C’est bien le poste auquel j’ai appliqué. Par contre, est-ce que je mérite vraiment ce titre? « Teacher Kevin », ça sonne bizarre il me semble. Moi qui n’a pratiquement aucune expérience avec les jeunes ou dans le domaine de l’enseignement. Moi-même un enfant impulsif qui aime tant ridiculiser ouvertement le ‘politically correct’, abuser de la vulgarité, défier l’autorité et les règlements… il est clair que la réponse est non! Tout compte fait, je suis un arnaqueur, un imposteur qui a prétendu aimer et connaître les jeunes durant son entrevue, et qui ne cherche égoïstement qu’à se trouver un emploi bien rémunéré pour subvenir à ses besoins durant son séjour à Taïwan. Et malgré ma nature malhonnête, tous ces yeux d’enfants sont braqués vers moi, pleins de curiosité, d’espoir et de respect. Ils me regardent consciencieusement, tentent de me déchiffrer et attendent que je leur guide le chemin. Et je me revois assis à leur place, quelques années auparavant. De mes anciens professeurs, trop nombreux sont ceux qui m’ont menti, déçu et manqué de respect. Non, je ne deviendrai pas l’un d’eux. Aucune autre issue possible, la marche arrière n’est plus une option. Il me faut donc pleinement assumer mon nouvel emploi, celui de professeur ou plutôt de « bon professeur».
Voilà comment a commencé mon expérience en tant qu’enseignant d’anglais langue seconde. Ainsi, ayant la ferme intention de ne pas décevoir les jeunes, j’ai eu à m’adapter à toutes sortes de nouvelles situations.
D’abord, j’ai eu à me redéfinir une personnalité en tant que professeur. Ainsi, je ne peux plus agir au gré de mon humeur immédiate, puisque chacune de mes actions entraîne des réactions imminentes de la part des enfants. Je suis leur modèle et ils apprennent vite. Les plus alertes d’entre eux vont même jusqu’à imiter mes expressions verbales et faciales, ma posture et mes tics. Je dois désormais donner l’exemple, cesser les sacres et les blagues de mauvais goûts, soigner mon écriture, ma posture, bien articuler, parler plus lentement, arriver à l’heure, etc. Ayant été un parfait étudiant modèle hypocrite dans le passé, tous ces changements furent, pour ma part, assez facile à accomplir.
J’ai également eu à apprendre à faire la discipline et à assumer mon rôle en tant que figure d’autorité. Au départ, j’avais la ferme intention de ne jamais hausser le ton afin de maintenir un contrôle harmonieux de la classe. Moi-même détestant toute forme d’autorité, je voulais devenir le prof « cool », qui laisse aux enfants toute liberté d’actions et d’expressions. UTOPIE. Une mêlée comprenant 5 petits garçons et dont le but de la bataille était de se foutre l’index dans le cul des autres garçons (par-dessus les culottes, rassurez-vous), m’a rapidement ramené à la réalité. Faut croire que trop de « laisser-aller » peut parfois mener à des situations plutôt insolites. Donc, hausser un peu le ton et prétendre d’être fâché, est parfois la solution la plus efficace pour maintenir une certaine discipline, principalement auprès des jeunes en deçà de 8 ans. J’ai également développé plusieurs tours pour m’occuper des pleurnichards, des victimes, des tourmenteurs, tout en leur enseignant les règles de bienséances de base et quelques vertus primaires (ne pas voler, tricher, mentir, frapper ou tuer, et ce, même si l’autre le mérite vraiment beaucoup). Pour les plus vieux, par contre, j’obtiens davantage de résultats lorsque j’utilise mes répliques acerbes, voire bitchs, qu’ils trouvent étrangement amusantes. Toutefois, étant un être extrêmement chanceux et ayant des étudiants fabuleux, ces interventions disciplinaires ne sont survenues qu’à de très rares reprises.
Pour ce qui est d’enseigner l’anglais comme matière, ça va toujours. Bien entendu, j’ai eu à réviser mes règles de grammaire et je dois préparer mes leçons à l’avance. Toutefois, je fus surpris de savoir que mes connaissances grammaticales se sont souvent avérées supérieures à celles de plusieurs professeurs américains. De plus, mon accent n’est pas trop prononcé, assez modéré en fait pour que ma boss doute même de ma capacité à parler français. De plus, durant les vacances d’hiver et d’été, j’ai principalement donné des ateliers de sciences (National geographics), cours dont je n’ai reçu que d’élogieux commentaires, tant de la part des enfants que des parents. Par contre, il me doit bien d’admettre que d’enseigner l’anglais est de loin un plus grand défi que d’enseigner la science. Ainsi, j’ai du faire appel à plusieurs de mes ressources cachées afin d’atténuer la monotonie d’une telle matière. Oubliant mon honneur et ma pudeur, j’ai lentement redécouvert les plaisirs du chant, du dessin et du coloriage. J’ai également appris à lire des histoires, raconter des blagues, divertir les jeunes et apprécier les soleils bleus non-circulaires. J’ai aussi réussi à développer un sens de l’humour beaucoup moins noir et cynique, de même qu’une patience digne d’un moine tibétain centenaire séparatiste.
Manuel scolaire purement américain...
Bref, être un bon professeur est très exigent et nécessite une capacité d’adaptation énorme. Il est de mon avis que ce poste mérite un statut beaucoup plus honorifique que celui qu’il possède actuellement. Graduellement, j’ai mérité, de part ma volonté et mes efforts, le juste titre de « Teacher Kevin ». Je n’ose guère m’autoproclamer un excellent ni même un bon professeur, car beaucoup trop d’essais et d’erreurs ont caractérisé jusqu’à présent mon cheminement. Néanmoins, étrangement et sans trop comprendre pourquoi, les jeunes m’adorent et ont toujours pardonné à même les plus bêtes de mes erreurs. Et j’ai appris à en faire de même de mon côté. Je continue d’apprendre et de m’améliorer, et de voir tous ces jeunes progresser, rire, s’amuser et de savoir que j’ai la possibilité d’influencer positivement leur existence, est une gratification bien plus grande que n’importe quel salaire qu’un imposteur d’origine puisse même espérer.



















Mercredi 12 décembre 2007 : En cette journée d’éveil scientifique, je décide d’aller visiter le musée d’astronomie de Taipei. Vraiment pas cher (1,25$can) et très intéressant, mais j’aurais probablement davantage apprécié si j’avais su lire les descriptifs en chinois. Néanmoins, les images, affiches, vidéos et décors étaient amplement suffisants pour assouvir ma soif de connaissance de la journée. J’ai ensuite exploré le parc scientifique à proximité, un parc très original, avec des affiches présentant des scientifiques de renoms un peu partout et des jeux à base d’eau assez cools.




Dimanche 02 Décembre 2007 : Arrivée à Taipei, terre promise, après un total de 20 heures de vol, trois avions et une journée de perdue dans le décalage horaire. Par contre, on ne peut demander mieux comme voyage: très peu de turbulences, aucune nausée ni serpents à bord. Nul ne sera surpris de savoir que j’ai énormément dormi et ce, partout. Dormir demeure ma spécialité et je tiens à tirer profit de mes habiletés physiques et de mes années d’entraînement. J’me suis également bien gavé de toute la délicieuse pâture qui m’a été offerte dans l’avion. Les aéroports ont aussi été bons à mon égard, ne m’ayant encombré d’aucun douanier scrupuleux, ni même perdu mes bagages. Malgré l’absurdité de la chose, je dois admettre que j’ai reçu un service sécuritaire, fiable et agréable…
